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dimanche 22 avril 2018

Macron l’Américain s’attaque à la laïcité à la française


Discours étonnant d’Emmanuel Macron le 8 avril 2016 devant la Conférence des Evêques de France. Dans un style assez amphigourique, qui devient sa marque de fabrique, il a accumulé les perles inquiétantes, un véritable collier qui constitue une attaque intégrale contre la conception républicaine de la laïcité.  Extraits :

“Le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, il nous importe à vous comme à moi de le réparer”

« Lien » de la part de la part de quelqu’un qui maitrise aussi bien le langage de Macron est assez significatif et significativement dangereux. La laïcité, c’est d’abord l’indépendance des pouvoirs temporels et spirituels théorisé entre autre par les républicains positivistes à la Jules Ferry, c’est l’Eglise hors de l’Etat et l’Etat hors de l’Eglise, c’est selon Pierre Laffitte : la religion, quelle qu’elle soit, n’est plus d’ordre public.

Il n’y pas dans la République laïque de « lien » entre l’Etat et l’Eglise, l’Eglise catholique, ou toute autre Eglise ou toute autre religion. Et quand ce lien aurait-il été cassé ? Par la loi de 1905 ? Par les controverses sur le mariage gai, où, rappelons-le, il n’a jamais été question de contraindre les catholiques ou toute autre religion à bénir religieusement les mariages homosexuels…

« L’Etat et l’Eglise… exercent tous deux  une autorité et même une juridiction ! »

Non, mille fois non ! l’Etat exerce une autorité politique, temporelle sur l’ensemble des citoyens, l’Eglise –catholique en l’occurrence, un magistère spirituel sur ceux qui le veulent bien. Alors une juridiction !!! Il veut quoi Macron ? En revenir à l’Inquisition ? Ou vise-t-il autre chose : des accommodements raisonnables comme au Canada qui permettraient à la communauté musulmane d’exercer effectivement une juridiction basée sur la charia ! C’est une conception communautariste à l’américaine, parfaitement contraire à la laïcité républicaine !

 « Un engagement politique auquel j'appelle les catholiques pour notre pays et pour notre Europe »…

La France ne connait pas les partis confessionnels. Si les catholiques ou les sectateurs d’autres religions ont non seulement le droit et même le devoir en tant que citoyens français de participer à la vie politique de leur pays, ils n’ont aucun droit à le faire en tant que catholiques, ou musulmans, ou boudhistes, ou partisans de Raëls,  ou même confucéens.

 Ou alors quoi ? Macron souhaite une Fraternité Catholique qui s’allierait parfois à une Fraternité musulmane (tiens, comme dans Soumission !) pour combattre « l’intégrisme laïc » ? Houellebecq reviens !, il devient fou !

« Vous êtes aujourd'hui une composante majeure de cette partie de la Nation qui a décidé de s'occuper de l'autre partie celle des malades, des isolés, des déclassés, des vulnérables, des abandonnés, des handicapés, des prisonniers. »

Vielle antienne, vieux rêve de la secte libérale que cet éloge de la charité se substituant aux devoirs sociaux de l’Etat. A bas l’Etat social, que l’on démantèle par tous les bouts, vive le rôle social des Eglises. Mais enfin, c’est exactement comme cela que les frères Musulmans se sont progressivement imposés dans des Etats et des sociétés autrefois relativement laïques, prospérant comme un cancer sur le terrain social abandonné par l’Etat pour faire avancer leur projet de retour à un ordre théocratique totalitaire.

Et puis, c’est quand même un peu fort de café. Macron ne cesse d’affaiblir tous les corps intermédiaires, avec les syndicats en principale ligne de mire, mais aussi les élus locaux, les institutions comme le Conseil Economique et Social, les Conseils généraux, etc. Et le seul « corps intermédiaires » auxquels il reconnaitrait une légitimité, ce serait l’Eglise ou les Eglises !!!!

« une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation »

Non, elle la trahirait ! De Pascal à Auguste Comte, la séparation des pouvoirs temporels et spirituels est la base de la laïcité républicaine.

« dans ce pays de France qui ne ménage pas sa méfiance à l’égard des religions »

Il me semble moi, que ce sont plutôt les partisans de la laïcité, les partisans de la liberté spirituelle, les agnostiques, les athées, les libres penseurs qui sont menacés, et de plus en plus, en France. 
Le massacre de Charlie Hebdo, les morts de Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, Elsa Cayat, Bernard Maris, Franck Brinsolaro, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Ahmed Merabet, c’est déjà oublié !! 
Et ce qui est plus inquiétant encore, c’est le nombre croissant, surtout parmi les jeunes, de ceux qui pensent que ces martyrs de la liberté l’avaient quelque part, un peu cherché, par leur manque de respect vis-à-vis de la religion. Nous ne sommes pas loin du rétablissement du délit de blasphème, en tout bien, tout respect.

« Je sais que l’on a débattu comme du sexe des anges des racines chrétiennes de l’Europe. Et que cette dénomination a été écartée par les parlementaires européens »

Oui, il y a des racines chrétiennes de la France, il y a la trêve de Dieu, il y a les ordres de Cluny, de Citeaux, il y a Héloïse et Abélard, il y a « ce monde entier se libérant, rejetant le poids du passé et se revêtant d'un blanc manteau d'églises », il y a les cathédrales, et tant d’œuvres d’art incompréhensibles sans la culture chrétienne, et il y a tout cela auquel on peut, on doit rendre hommage et qui doit être présent encore plus dans nos cours d’histoire,

Mais il s’agit de culture, pas de culte ! et entretenir la confusion entre les deux est dommageable au plus haut point. Nous sommes sortis de l’ordre théocratique, passés par l’âge métaphysique des Lumières et de la Grande Révolution et progressivement entré dans l’ordre positif. Il n’y aura pas de retour en arrière, sauf par la plus atroce tyrannie.

Et puis, il y un peu aussi tout de même les racines celtiques et romaines préchrétiennes- cette magnifique coolitude religieuse qui faisait inscrire aux Romains sur leurs stèles : «  au dieu ou à la déesse de Cassis »

 « la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens. »

En effet. Mais tout le reste et tout le ton du discours suggère que les Eglises auraient le monopole du spirituel, le monopole de l’émerveillement devant le monde, la vie, la beauté, la bonté ou la cruauté, du questionnement sur la nature, le destin, le rôle, les devoirs de l’homme et de l’Humanité. Non, ni l’Eglise catholique en particulier, ni les religions théistes en général n’ont le monopole du spirituel, et le Chef de l’Etat, garant de la laïcité, faillit gravement à son rôle, comme l’a très bien relevé Jean Glavany.

« les liens les plus indestructibles entre la nation française et le catholicisme »

!!!! Il fut un temps ou le Parti Catholique choisissait l’Espagne plutôt que la France et faillit détruire la nation française, bénissant l’égorgement des Français les uns par les autres. C’est aussi de ce refus des guerres de Religion, du Parti politique de Michel de l’Hôpital et de Montaigne, et nos rois qu’est un peu finalement sorti aussi notre laïcité.*

« La République que vous (catholiques) avez si fortement contribué à forger »

!!!! Le pape Pie X doit se retourner dans sa tombe... Sa condamnation du Sillon et de Marc Sangier, désireux de réconcilier l’église et la République fut-elle une illusion ? Et les menaces d’excommunication contre les parlementaires qui voteraient la loi de séparation, illusion aussi ? (Jean Glavany, remarquable tribune sur http://www.laicite-republique.org/j-glavany-les-4-erreurs-d-emmanuel-macron-12-av-18.html)

« Une exigence chrétienne importée dans le champ laïc de la politique.. C’est ce qu’ont apporté à la politique française les grandes figures que sont le Général de Gaulle, Georges Bidault… »

Alors là, champion dans le confusionnisme historique !!! Placer comme exemple de chrétiens exemplaires, l’un à côté de l’autre, De Gaulle et Bidault, qui fut l’un des chefs de l’OAS, l’un voulant tuer l’autre et réciproquement, il fallait oser !!! C’est En Marche en Grand Ecart. Mais peut être une occasion de rappeler que De Gaulle pratiquait assez peu le pardon chrétien des offenses….

Donc, un discours amphigourique, qui sombre parfois dans la plus grande stupidité, mais surtout un discours dangereux qui dynamite, par volonté, ignorance ou incompréhension, toutes les bases de la laïcité républicaine française. On avait vu lors de son intronisation Macron l’Américain chanter la Marseillaise, comme personne ne le fait en France, la main sur le cœur, comme les prêcheurs américains. Il y a aussi maintenant de plus en plus Macron l’Américain qui démantèle la laïcité et se fait le chantre du communautarisme. A mois qu’il n’y ait aussi l’influence de Ricœur, la tradition philosophique la plus ridicule du siècle dernier, dont les étudiants de Mai 68 eurent quelque raison de faire le premier doyen couronné d’une poubelle.


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vendredi 20 avril 2018

SNCF, fin du service public, fin du statut : le statut est la garantie du service public


SNCF : La fin d’un service public au pas de marche !

Eh bim..après même pas deux semaines de « concertation », le projet de loi sur la fin du service public ferroviaire par la mise en concurrence est voté, la fin du statut des cheminots est décidée et datée (1er janvier 2020) sans qu’on sache encore par quelle convention (collective, d’entreprise ?) il sera remplacé, la décision de filialiser le frêt ferroviaire est lancée, rien n’est acté sur la reprise que la dette que l’Etat a gentiment transférée à la SNCF pour rentrer dans les clous du traité de Maastricht sur la monnaie unique, rien n’est décidé sur les petites lignes ni la façon dont avec l’introduction de la concurrence pourra être préservé ce qui fait l’essence du service public, le même prix pour un même type de transport que l’on soit à Paris ou Lyon, ou à Guéret, ou à Carhaix, ou à Argentan, ou à Douai, ou à Epinal, ou à Rodez.

La France dispose (disposait) du deuxième réseau européen, après l'Allemagne, avec près de 29.000 km de lignes exploitées, dont 2800 km de Ligne Grande Vitesse. Avec près de 3000 gares et haltes ferroviaires, 90% de la population réside à moins de 10 km d'une gare. Eh bien ce sera terminé ! Comme le dit ce syndicat très revendicatif qu’est la CFDT, il y aura «une rupture d'égalité des citoyens dans l'aménagement du territoire», «le train pour les régions riches», «la route et les risques routiers pour les plus pauvres».

Le Monde, journal pourtant pas la bible de l’antimacronisme : SNCF : l’exécutif accélère et écrase les syndicats

Il faut dire que tout cela a été bien préparé par un matraquage intense de mensonges violents sur la dette de la SNCF (en réalité une dette de l’Etat), sur le « statut privilégié » des cheminots. cf. la démagogie écoeurante de Macron au salon de l’agriculture : « Je ne peux pas avoir d'un côté des agriculteurs qui n'ont pas de retraite, et de l'autre avoir un statut cheminot et ne pas le change »

Le statut, c’est la garantie du service public

Le statut, eh bien reparlons-en !

A la SNCF comme à EDF, le statut est indissociable de la notion de service public. 
Une première caractéristique du service public, c’est la continuité du service. En cas de rupture d’électricité, en cas de rupture de trafic, le statut assure que le cheminot ou l’agent EDF, qu’il pleuve, vente ou neige, le jour ou la nuit, en montagne ou en plaine, qu’il y ait canicule ou froid intense, mettra tout en œuvre pour rétablir le service, quel qu’en soit le coût pour l’actionnaire- quelle compagnie privée le fera ? 
Une seconde caractéristique du service public, c’est la sécurité. Le statut du cheminot ou de l’agent EDF assure, devrait assurer, qu’à aucun moment il n’y aura  le moindre compromis entre les dividendes de l’actionnaire et la sécurité. 
Une troisième caractéristique du service public, c’est l’égalité de traitement sur le territoire. Tout français doit avoir un égal accès au service public, et le statut contraint cheminots ou agents EDF à la mobilité géographique, à s’installer là où il est nécessaire qu’il soit et non là où il aurait envie d’être. Le statut enfin impose certaines sujétions, comme un travail régulier de nuit- dormez, braves gens les trains roulent et les électrons circulent.

Alors, il y a quelques contreparties : la garantie de l‘emploi- oui, elle assure que l’agent peut et même doit résister aux pressions contraires à ses missions de service public, mais à condition de se plier aux contraintes du service public-EDF est impitoyable pour ceux qui coupent le courant. La retraite de la SNCF à 57, voire 55 ans ? Mensonge,  ce n’est plus vrai et la durée de cotisation a été portée  de 37.5 à 41.5 ans, ce qui fera une retraite à taux plein plutôt vers 62- 65 ans et encore !
 Les primes et les billets gratuits : OK ; mais en échange de salaires relativement bas : pour les conducteurs de trains partant travailler dans une compagnie privée, il faudra s’attendre à une augmentation de salaire de 50 voire 100% !

Un statut si mirobolant ( ?) selon ses  détracteurs aurait dû entrainer un afflux gigantesque de candidatures à la SNCF. Je ne sache pas que ce soit le cas. Alors que reste-t-il ? Des rigidités comme le fait que ce ne sont pas les mêmes conducteurs qui effectuent les trajets et qui rangent les trains ? Outre qu’il y a peut-être des raisons techniques, c’est vraiment  se moquer (et je suis poli) du monde que de prétendre qu’il faut supprimer le statut pour régler ce problème ! Le statut a déjà évolué et peut encore évoluer au gré des changements techniques.

Tiens une petite question à nos amis juristes. Le statut d’EDF interdit maintenant aux agents de couper le courant en cas de grève, c’est pour cette raison que malheureusement des grèves d’EDF, comme celle très suivie contre la privatisation de barrages hydroélectriques, passent maintenant inaperçues. Et EDF ne plaisante pas : une infraction vaut renvoi immédiat, avec perte des droits accumulés à la retraite (eh oui, c’est un régime très spécial). Cette règle exorbitante du droit social, cette restriction très forte du droit de grève, que vaudra-telle pour un exploitant privé ?
Vive la France dans le noir à chaque grève. On va s’ amuser !

Service public et politique environnementale

Le service public n’a pas que des logiques de rentabilité, et dans le cas du ferroviaire, se pose la question du vrai coût écologique du transport, en particulier de frêt par la route. Exemples : « Sur la ligne Nantes-Lyon, un train paye 15.000 euros péage. Un bus ne paye que 150 euros. Le transport routier en France est le transport le plus subventionné », Didier Le Reste (CGT) Autre exemple, en Auvergne Rhône-Alpe, le projet d’autoroute A 45 coûterait plus d’un milliard d’euros pour moins de 50 km. Dans le même temps, le plan de sauvetage des petites lignes de la région est de 264 millions d’euros pour 830 km ».

C’est donc en effet le transport routier qui est massivement subventionné, plus que le train, et ceci pour des conséquences environnementales désastreuse. Le service public peut et devrait être davantage tenir compte des externalités négatives, en particulier en terme de sécurité, de pollution et de lutte contre le changement climatique !

Tiens par exemple  : supposons que la France se décide à faire comme la Suisse et l’Autriche et impose à tout le trafic traversant par camion de s’effecteur par train – les camions sur les trains. Il serait légitime de prendre ce genre de décision pour un service public ferroviaire, il ne le serait pas de le faire pour des transporteurs ferroviaires privés.

Et à propos de Suisse, ce pays quasiment socialiste : réaction horrifiée d’un collègue suisse à qui je demandais si les trains suisses étaient privatisés : réponse _ les chemins de fer suisses ( dont ils sont légitimement assez fiers, de vraies œuvres d’art !) appartiennent au peuple suisse.
Mais eux, ils ne sont pas soumis aux directives de Bruxelles.

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lundi 16 avril 2018

Macron et le scandale Alstom


Débat raté, mais vraie question…Dommage !

Reportage bilan sur la campagne de Marine Le Pen dimanche 15 juin sur la 5 avec Bruce Toussaint  et sur le grand débat qu’elle a en partie raté contre Emmanuel Macron- même si, comme cela se produit assez régulièrement (cf Fabius contre Chirac en 1985) un ratage se transforme au film du temps et des commentaires en déroute, puis en naufrage, puis en catastrophe. Manque de travail et de préparation, fatigue et rythme délirant de campagne imposé par Philippot et manque de repos, migraine ophtalmique, stratégie très agressive suggérée par Philippot et amplifiée alors même qu’elle ne fonctionnait pas, changement de position sur l’euro au dernier moment du à l’alliance avec Dupont-Aignant, manque de compétence économique ??? Et aussi le fait que Macron, sur un petit nuage était imprenable- d’autres que Marine Le Pen s’y sont cassé les dents.
Un moment emblématique : celui où Marine Le Pen veut l’attaquer sur l’affaire Alstom, la vente d’Alstom à General Electric mais se trompe et parle d’Alcatel- ce qui permit à Macron d’ironiser et d’éviter de répondre. Mais Marine Le Pen ne s’était pas trompé sur le fond et sur la gravité de ce qui constitue un véritable scandale, et plus, une trahison gravissime pour l’intérêt national, comme le met en évidence la Commission d’enquête Parlementaire réclamée par Les Républicains et dont les résultats sont accablants.

Le scandale Alstom : l’extraterritorialité américaine comme arme de destruction massive des concurrents

En fait, la Commission d’enquête ne fait que confirmer, en l’aggravant encore, ce qu’avait dénoncé le journaliste Jean-Michel  Quatrepoint dans son livre Alstom, une affaire d’Etat. Rappel des faits : En 2015, le groupe français Alstom a vendu sa division énergie, qui représente 70 % de l’entreprise, a son concurrent américain General Electric (GE). Ce jour-là, les turbines qui équipent nos centrales nucléaires sont passées sous contrôle américain. Au même moment, Alstom était visé par une enquête aux États-Unis pour des faits de corruption. Des cadres dirigeants de l’entreprise étaient incarcérés. Cette concomitance alimente un soupçon : le groupe Alstom aurait-il vendu sous la pression, pour tenter d’échapper à une condamnation ?.Laréponse est maintenant et clairement oui, et il s’agit d’une politique américaine très élaborée basée sur l’extraterritorialité extravagante de la loi américaine.

Explication : Alcatel, Alstom, Technip, Total, la Société Générale, BNP Paribas… Toutes ces entreprises françaises se sont retrouvées, ces dernières années, poursuivies par la justice américaine pour des affaires de corruption ou de contournement d’embargos et même d’embargo purement américain, contre Cuba, contre l’Iran, sans accord de l’ONU.  Elles ont été poursuivies sur la base de ce qu’on appelle « l’extraterritorialité du droit américain. Ce sont des lois qui permettent de poursuivre des entreprises non américaines à l’étranger, à condition qu’elles aient un lien avec les Etats-Unis. Sauf que ce lien est extrêmement large, puisqu’il suffit que les entreprises effectuent une transaction en dollars ou qu’elles utilisent une technologie américaine pour que des poursuites puissent être engagées. « Il suffit d’utiliser une puce électronique, un iPhone, un hébergeur ou un serveur américain pour vous retrouver sous le coup de la loi américaine, explique l’économiste Hervé Juvin. C’est un piège dans lequel de nombreuses entreprises sont tombées. » Pour collecter ces informations, tous les services américains sont mobilisés. « C’est une stratégie délibérée des Etats-Unis qui consiste à mettre en réseau leurs agences de renseignements et leur justice afin de mener une véritable guerre économique à leur concurrents »

La trahison de Patrick Kron

Arnaud Montebourg l’avait dit, la commission d’enquête le confirme : le PDG d’Alstom, Patrick Kron a subi la pression des autorités américaines. Pendant 4 ans, de 2010 à 2014, dans un secret quasi absolu, des dizaines d’enquêteurs du FBI, ont enquêté sur Alstom, pour des affaires de corruption (en Indonésie, en Arabie Saoudite, aux Bahamas, ou encore en Egypte). Sous la pression, l’entreprise a alors capitulé, elle a accepté au mois de décembre 2014 de plaider coupable, et elle s’est vue infliger une énorme amende de 772 millions de  dollars. Le règlement de cette affaire est intervenu au courant de l’année 2014, au moment où la trésorerie de l’entreprise était dans le rouge.

Tout indique que les autorités fiscales américaines et General Electrique ont travaillé mano in la mano
1)  General Electric a participé au règlement de cette affaire avec la justice américaine, alors que la vente d’Alstom n’était pas encore conclue. Dans l’accord, il est stipulé que "la Compagnie General Electric qui a l’intention d’acquérir Alstom s’est engagée à mettre en place un programme de conformité aux règles juridiques, et de le soumettre à son contrôle interne dans un temps raisonnable après l’acquisition ".
2) Quand l’amende est fixée, Alstom ne peut pas la régler. La société demande alors  des délais de paiements aux américains dans l’attente de son rachat… par l’américain General Electric. Un document de juin 2015 l’atteste.
Plusieurs cadres ou anciens cadres de haut niveau d’Alstom nous ont confié leur amertume. Selon un dirigeant qui tient à rester anonyme : "Au sein de l’état-major d’Alstom, tout le monde sait parfaitement que les poursuites judiciaires engagées aux Etats-Unis contre Alstom ont joué un rôle déterminant dans le choix de vendre la branche énergie. Ces poursuites expliquent tout. C’est un secret de polichinelle".

Patrick Kron pour cette vente devrait toucher un bonus de 4 millions d’euros. « Il a présidé à la destruction de fleurons de notre industrie française », l’avait accusé le député (LR) Pierre Lellouche. Son audition par la Commission a confirmé les députés dans l’idée qu’il a agit sous pression américaine et qu’il a délibérément menti aux autorités françaises en particulier à Arnaud Montebourg en niant les discussions avec General electric jusuq’à le placer devant le fait accompli. Il s’agit d’une véritable trahison.

Le rôle d’Emmanuel Macron. La mise au point d’Arnaud Montebourg

Emmanuel Macron connaît bien Alstom. Alors ministre de l’économie, c’est lui qui avait autorisé, en novembre 2014, la vente des activités énergie du groupe français à l’américain General Electric (GE), dossier qu’il avait également suivi à l’Elysée lorsqu’il conseillait François Hollande. La déposition d’Arnaud Montebourg devant la Commission d’enquête (8 septembre2017) est terrible pour Macron. Lorsqu’il apprend la trahison de Kron, Arnaud Montebourg régit rapidement et propose une solution : « À Bercy, dans mon bureau, le patron de Siemens, Joe Kaeser, (...), avait dessiné sa proposition sur une page A4 divisée en deux colonnes: Vous nous vendez l’énergie sauf le nucléaire que vous gardez et, en contrepartie, je vous vends le ferroviaire et la signalisation. Nous faisons deux Airbus de taille mondiale, l’un dans le ferroviaire à direction française, l’autre dans l’énergie à direction allemande", indique l’ex-ministre. Arnaud Montebourg aurait alors soumis cette proposition à François Hollande et Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l’Élysée. Ce dernier aurait balayé l’hypothèse d’un revers de main en déclarant: "On n’est quand même pas au Venezuela !"
Et Arnaud Montebourg de conclure, à propos de Hollande et Macron : « Ils ont vendu nos turbines, pièces industrielles stratégiques pour notre indépendance énergétique, nucléaire et militaire. Il ne s’est pas trouvé un président ou un Premier ministre pour m’autoriser à bloquer cette manœuvre, alors que mon équipe et moi avions forgé les armes pour précisément pouvoir dire non".

Pourtant, Macron ne pouvait pas ignorer la stratégie agressive américaine de l’extraterritorialité juridique. Un rapport de l’intelligence économique placée sous l’autorité du Premier ministre dénonce clairement les risques que font peser les poursuites américaines sur les sociétés françaises : « La pratique des "deals of justice" par les autorités américaines laisse les entreprises françaises très démunies, elle pose de très sérieuses questions. Ces "deals of justice" se traduisent en effet par des atteintes économiques qui peuvent être graves. On ne peut exclure le risque d’instrumentalisation des procédures pour, en amont, affaiblir une entreprise avant un rachat, ou pour, en aval de la procédure, s’approprier certaines informations, voire lui interdire certains marchés « . En effet !

Une décision dramatique

« La vente d’Alstom à General Electric nous prive d’autonomie stratégique sur deux points essentiels : les turbines pour les sous-marins nucléaires, les navires de surface, le porte-avion Charles de Gaulle, ainsi que sur les centrales nucléaires civiles, explique le directeur le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, Eric Denécé, qui a enquêté sur cette affaire. Il y a eu une vraie trahison des élites françaises. ». Mentionnant encore des systèmes de positionnement par satelllite « équipant l’armée ainsi que des entreprises du secteur de la défense et de l’espace tombés dans le giron de General Electric. ». Les fameux turbo-alternateurs Arabelle équipent plus de 50% des centrales nucléaires de la planète ! Bref, avec Alstom passé sous contrôle de General Electric, nous ne pouvons plus espérer vendre une centrale nucléaire, un sous-marin, un navire sans l’accord des USA. Et qui nous en achètera, sachant qu’à tout moment, les USA pourront refuser de livrer des pièces détachées pour réparation !
Il y a donc une véritable trahison, trahison consciente dans le cas de M. Kron vraisemblablement par peur ou intérêt, trahison par naïveté vis-à-vis des USA, ignorance, incompétence d’Emmanuel Macron,  trahison par  bêtise et mépris de tous ceux qui ne partagent pas la doxa de la secte libérale au pouvoir à Bruxelles et maintenant en France, trahison de celui qui mérite le surnom de Macron l’Américain.

Il est vraiment dommage que ce débat n’ait pas pu avoir lieu en temps utile. Et il est assez amusant de voir les députés En Marche membres de la Commission d’Enquête s’effarer… des décisions prises par Emmanuel Macron.

Dernière minute Et bim ! alors que certains parlementaires même En Marche de la Commission d' enquête, se déclaraient vraiment troublés, le rapport final conclut que tout va bien, que malgré les graves accusations de M. Montebourg, c'est pas si grave, qu'il n'y a rien à reprocher aux Américains, ni à craindre pour notre indépendance. Tout au plus conviendra-t-il à l'avenir de surveiller un peu plus les investissements étrangers, éventuellement de créer des golden shares pour l'Etat dans certaines indsutries et d'élargir le décret Montebourg (le décret vénézuelien selon M. Macron) à de nombreux secteur...un petit hommage, tout de même. Quant aux critiques contre M. Macron, elles ne relèveraient que de la volonté mauvaise de M. Vauquiez et d'autres .

Ce que c'est bien quand même d'avoir un parti de croquenots à sa botte et une démocratie illibérale qui fonctionne bien gentiment pour le Président. 

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dimanche 1 avril 2018

Transition Energétique et précarité : la fin des tarifs sociaux et réglementés


Article très intéressant de MM Percebois et Solier, de l’Université de Montpellier  « Vers une logique de marché pour l’électricité en France ? Faut-il s’en réjouir ? » sur la précarité énergétique, la fin des tarifs sociaux et celle des tarifs réglementés de vente. Sauf que personnellement, je me passerais du point d’interrogation. (https://www.connaissancedesenergies.org/ )

Fin des tarifs sociaux, mise en place du chèque énergie

Au 1er janvier 2018, les tarifs sociaux du gaz et de l’électricité dits de première nécessité (TPN) ont disparu au profit d’un « chèque énergie », destiné à couvrir une partie des dépenses d’électricité des ménages en situation de précarité énergétique. Un ménage est en situation de précarité énergétique lorsqu’il consacre 10% ou plus de son revenu aux dépenses d’énergie pour les besoins de son logement, ce qui ne tient pas compte des dépenses liées au transport, en particulier des frais d’essence ou des frais de transport en commun. Près de 4 millions de ménages, soit plus de 10 millions de personnes, sont dans une telle situation en France selon les chiffres de l’Observatoire de la précarité énergétique. Jusqu’à maintenant, ces ménages précaires bénéficiaient d’une réduction forfaitaire sur leur facture d’électricité, qui pouvait représenter jusqu’à 140€ par ménage en fonction de la puissance souscrite et du nombre d’occupants.

Dans les quatre départements où le chèque énergie a été expérimenté (l’Ardèche, l’Aveyron, le Pas-de-Calais et les Côtes d’Armor), il a constitué une aide moyenne de 150 euros par ménage. Donc Kif/kif ? 
Eh bien non, car pour les ménages (rappelons-le, en état de précarité), le tarif social s’appliquait et pour le gaz, et pour l’électricité, donc déjà, pour ces ménages usant des deux énergies une perte nette. D’autre part, le chèque énergie concerne aussi les éventuels achats de charbon ou de fuel- bravo pour la décarbonation ! Il peut aussi servir à des dépenses d'isolation- mais un ménage précaire qui ne peut se chauffer, comment pourrait-t-il investir ? Seul point positif : le chèque énergie concernera potentiellement un plus grand nombre que les tarifs sociaux, puisque le seuil d’attribution a été fixé à 7 700 € de revenus par an pour une personne seule  contre 2 175 € auparavant pour les TPN. Potentiellement ? On verra bien ; car comment seront contrôlées ou validées les dépenses auxquelles il donne droit ? et le remplacement du système simple des TPN par ce système plus complexe risque au contraire de priver de leur aide un certain nombre de Français en état de précarité énergétique.

Fin des tarifs réglementés ( tarifs bleus), vive les  « offres de marché » ?

Les tarifs réglementés de vente (TRV) qui ne concernent depuis début 2016 que les ménages et les petits professionnels (appelés tarifs bleus pour l’électricité) ont désormais vocation à disparaître. Or, ces tarifs réglementés représentent encore plus de 80% des sites et 37% de la consommation d’électricité en France selon la Commission de régulation de l’énergie, soit une immense majorité des abonnés particuliers.  C’est du moins la recommandation du projet de « Clean Energy for all Europeans » dévoilé en novembre 2016 par la Commission européenne, un avis que semble partager le Conseil d’État en France, notamment en ce qui concerne la fourniture de gaz, l’électricité étant en sursis très précaire. Cela signifie que tous les consommateurs, modestes ou pas, devront à terme acheter leur électricité en « offre de marché ».

Traduction polie et politiquement correcte : « Le ménage achètera dorénavant son électricité au prix du marché et saura donc ce que cela coûte, ce qui devrait l’inciter à plus d’économies. » Traduction réelle : il n’ y  a plus de prix garantis, plus de contrat à long terme entre opérateur et client, et celui-ci paiera peu cher son électricité lorsqu’il n’en aura pas besoin…mais l’électricité sera très chère et hors de portée des ménages modestes en hiver par temps froids. (« l’offre dynamique de marché » chère aux libéraux peut multiplier le prix par 10 ou 30 en situation de tension).

« C’est un signal envoyé au consommateur qui croyait qu’il était à l’abri des augmentations tant que le tarif était fixé par la puissance publique. Ce fut vrai dans le passé, l’État ayant tendance à ne pas répercuter totalement ni rapidement l’augmentation des coûts dans le tarif ». Eh bien, ménages précaires, l’Etat ne pourra plus rien pour vous, vous serez à l’offre de marché ! Cette démission, les politiques risquent un jour de la payer très cher !

Rappelons que ces tarifs réglementés,  qui servent de référence, ont permis selon Eurostat de garantir  à tous un tarif de 25% inférieur à la moyenne de zone euro ! C'est un outil important contre lé précarité énergétique.

La fin de la péréquation géographique de l’électricité

Les auteurs ont l’immense mérite de l’aborder franchement : la fin des tarifs réglementés de vente annonce aussi la fin de la péréquation spatiale des prix de l’électricité, qui permet aux consommateurs de bénéficier d’un tarif identique indépendamment du lieu de consommation. Il y a longtemps que la péréquation temporelle des tarifs n’existe plus (les prix en heure de pointe sont plus élevés qu’en heure creuse) mais la péréquation spatiale, qui était une pratique après la Seconde Guerre mondiale est inscrite dans la loi depuis 2000 au niveau des tarifs réglementés. 

La fin des tarifs réglementés ouvre ainsi la voie à l’abandon du principe de péréquation maintenu jusqu’alors au nom de la solidarité territoriale. On objectera que les tarifs d’accès au réseau d’électricité, qui représentent environ 30% de la facture d’un client domestique, sont fixés par la CRE indépendamment de la localisation du client (logique dite du timbre-poste). Mais les débats actuels sur les coûts de raccordement des installations solaires et éoliennes localisées loin des réseaux en place peuvent laisser penser qu’une différenciation spatiale des tarifs de transport et de distribution sera possible demain.

Les offres de marché n’ont a priori aucune raison de maintenir la péréquation spatiale au niveau des coûts de commercialisation du kWh : fournir des clients isolés est coûteux. Du coup, on reviendrait à la situation d’avant 1946 où les prix de l’électricité pouvaient être différents d’une région à l’autre: il est plus coûteux d’approvisionner un consommateur rural qu’un consommateur urbain car le fournisseur peut lui aussi profiter du foisonnement des consommations, surtout s’il développe des applications numériques adossées à la vente de kWh. Cela soulève néanmoins des interrogations, notamment dans les départements ou territoires d’outre-mer qui bénéficient aujourd’hui d’un tarif identique à celui de la métropole. Les études montrent qu’en général la proportion de ménages précaires est forte en zone périurbaine et en zone rurale, en particulier en zone montagnarde.

Précaires non urbains ou campagnards, éternels sacrifiés, triplement frappés par la fin des tarifs sociaux, la fin des tarifs réglementés, la fin de la péréquation géographique.

Ces évolutions n’ont rien d’inévitables, elles sont les conséquences directes de la politique d’éradication des services publics menée par les tenants de la secte libérale au pouvoir à  Bruxelles et leurs complices nationaux, par idéologie ou incapacité à comprendre les enjeux ; de ceux qui sans cesse privilégient le marché face à la société.

Tous ceux qui le souhaitent peuvent (tenter) de participer au grand débat sur la programmation pluriannuelle de l'énergie (https://www.debatpublic.fr/revision-programmation-pluriannuelle-lenergie)

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Loi de transition énergétique : quelques conclusions

1) Le grand débat sur la transition énergétique et la programmation pluriannuelle n’a aucun sens s’il n’est pas précédé d’une information préalable solide et scientifique. Or, rien n’a at été prévu pour cela. Comment les Français pourraient-il se prononcer  sans d’abord un débat solide, organisé, honnête donnant le temps nécessaire à la confrontation et lorsqu’elle est possible à la conciliation, entre experts, expliquant leurs données, d’où elles viennent et ce qu’ils en concluent.

Et sans par exemple que soit expliquées (et les conclusions tirées) l’échec de l‘injection massive d’énergies renouvelables non pilotables (Australie du Sud) ou de privatisation de l’électricité ( Californie) ?

2) Comment mener ce débat sans se mettre d’accord sur un scénario crédible d’évolution de la consommation ? En particulier, les scénarii basse énergie, par exemple de l’ADME manquent de crédibilité. Il n’y aura de baisse globale de la consommation d’énergie, ni bien sûr dans les pays en développement, ni même dans les pays développés  (voir l’exemple de l’Islande où la consommation d’électricité utilisée pour le calcul des bitcoins dépasse la consommation à usage domestique !)

3) Une part important de nucléaire (au moins 70%) est seule de nature à permettre le respect des engagements climatiques, et c’est d’autant plus vrai si se développe l’utilisation des véhicules électriques, utiles pour diminuer la pollution dans les grandes agglomérations.

Une preuve par l’absurde (Oh combien !) en est la situation allemande, où Angela Merkel affirme avec raison que les véhicules Diesel sont moins polluants que les véhicules électriques (en effet, si l’on produit l’électricité à partir de charbon !)

4) Tant qu’une innovation de rupture ne permettra pas le stockage massif des électricités intermittentes (et ce n’est pas en perfectionnant les piles actuelles que l’on y parviendra), un pourcentage supérieur à 70% d’électricité nucléaire sera indispensable pour maintenir la sécurité d’approvisionnement.

Par conséquent, il est nécessaire de maintenir les installations nucléaires existantes et sûres et d’investir dans un nouveau nucléaire (EPR), qui d’ailleurs se positionne bien à l’export. Rappelons que les organisations syndicales et le  CCE d’EDF , se basant sur l’avis de l’autorité de sûreté nucléaire, ont donné un avis négatif unanime concernant la fermeture anticipée de la centrale de Fessenheim, décision qui met en péril le fragile équilibre du réseau.
La loi de transition énergétique doit être modifiée de façon à prévoir le maintien de la production nucléaire à plus de 70% tant que le problème du stockage massif de l’énergie ne sera pas résolu, faute de quoi, elle perd tout rapport avec la réalité.

5) L’hydraulique constitue, après le nucléaire, le deuxième pilier du mix français et a produit en 2016 10 % de la production d’électricité, soit 53,6 TWh. Elle est pilotable, flexible, renouvelable. 

Une concession hydraulique, c’est aussi la gestion intégrée de la ressource en eau confiée à EDF avec ses diverses missions indispensables à la vie et à l’économie des territoires : irrigation pour l'agriculture, alimentation en eau potable, besoins de l'industrie, tourisme… C’est encore la prévention des risques en gérant les crues et évitant que les cours d’eau ne viennent à sec, au bénéfice de tous les usages (en particulier les centrales nucléaires refroidies par les fleuves).
Par conséquent, il faut s’opposer à tout processus de privatisation des concessions hydrauliques d’EDF, comme à tout bradage à la concurrence.

6) La mission de service public de l’électricité (EDF) doit être confortée : fournir de l’électricité à tout le pays au même prix, toute l’année, en toutes conditions. En particulier, la sécurité d’approvisionnement impose qu‘en cas de problème tout soit mis en œuvre, quel qu’en soit le coût pour rétablir le courant- quel exploitant privé l’assurera ?
La péréquation tarifaire et la sécurité d’approvisionnement du réseau sont incompatibles avec l’intégration de productions locales à grande échelle.
 La lutte contre  la précarité énergétique est incompatible avec la fin des tarifs sociaux et l’imposition de tarifs dynamiques, comme le veut la Commission européenne.
Enfin, il convient de s’assurer que les biens communs (matériels et immatériels) résultant des immenses efforts historiques d’équipement soient entretenus, valorisés, développés et profitent à tous.
Tout ceci est incompatible avec les politiques de privatisation de production de l’électricité imposés par la Commission Européenne sur laquelle il faudra revenir.

7) Le secteur de l’électricité étant en France déjà largement décarboné (6% des émissions totales du pays) grâce à son mix énergétique et en particulier au nucléaire, la priorité est à donner à la décarbonation des secteurs des transports et du bâtiment. Ce qui nous ramène à un autre grand service public, celui du frêt ferroviaire, que le privé sera bien incapable de mettre en œuvre, tout simplement parce qu’il ne prend pas en charge l‘ensemble des externalités négatives (ou positives) 

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dimanche 25 mars 2018

Transition énergétique : le grand débat éclairé par l’Australie du Sud et la Californie


Grand débat sur la transition : les conditions élémentaires ne sont pas remplies : farce ou manipulation

Un grand débat est censé se dérouler en ce moment sur la Politique Energétique et la fameuse transition. Je crains fort que ce ne soit une farce ou une manipulation profondément malhonnête de l’opinion publique, ou les deux à la fois. Comment les Français pourraient-ils y participer utilement sans prendre le temps, au préalable, d’une information préalable solide et scientifique ? Comment pourraient-ils le faire  sans d’abord un débat solide, organisé, honnête donnant le temps nécessaire à la confrontation et lorsqu’elle est possible à la conciliation, entre experts, expliquant leurs données, d’où elles viennent et ce qu’ils en tirent. Alors seulement, le débat public pourra être honnête et utile.
Il me semble que ce type de débat devrait répondre au principe posé par Auguste Comte : «  Le public ne sait pas ce qu’il lui faut, mais il sait parfaitement ce qu’il veut, et personne ne doit s'aviser de vouloir pour lui. ».  Le public, pour Comte, c’est le peuple informé. Alors accomplissons mon devoir d’intellectuel organique et tentons d’informer, pour commencer sur deux sujets importants. Premièrement, sur la situation en Australie du Sud et les conséquences inéluctables et incontrôlables, même dans un pays bien favorisé par l’ensoleillement, d’un taux supérieur à trente pour cent d’énergies renouvelables non pilotables, voulue par démagogie politique.  Deuxièmement, sur la tentative désastreuse de privatisation de la production électrique en Californie, très riche d’enseignement sur ce qui se passerait en cas de privatisation de la production et de la distribution

Une élection en Australie du sud

Mars 2018 : Le gouvernement travailliste d’Australie du Sud vient de perdre sèchement les élections, des élections que  le Premier Ministre travailliste Weatherill  avait présenté comme  un référendum sur sa politique de l’énergie »

De fait l’Australie du Sud constitue un laboratoire énergétique remarquable.  Le Gouvernement travailliste a mené une politique de développement volontaristes du solaire et éolien, qui produisent environ la moitié de l’électricité, la proportion des trois quart  étant visée. Résultat :

1) Les factures d’électricité bondirent et  l’Etat avait  l’électricité la plus chère du monde développé. Et cela a eu des conséquences sociales – une précarité énergétique comme on n’a pas idée en France.  Les demandes d’aides de nourriture explosèrent et le Banque alimentaire locale fit savoir que les pauvres se privaient de repas pour payer leur électricité. Signalons d’ailleurs que  les trois Etats en tête pour l’importance du solaire/éolien », Australie du Sud, Allemagne et Danemark ont des tarifs proches, les plus élevés du monde industriel, doubles des prix français

2) Une instabilité chronique et grave du réseau.  Durant l’été austral 2016-2017, l’Etat d’Australie du Sud connut une demi-douzaine de coupures, dont l’un concerna tout le territoire – un effondrement total du réseau.  Malgré un plan d’urgence coûteux ( un parc de batteries gigantesques amenés en grande publicité par Elon Musk, mais surtout la construction d’un parc de centrales à gaz), les problèmes ont persisté en 2018 avec encore de nombreuses coupures électriques.   Lors d’un incident en février 2018, quarante salles d’opération d’un hôpital de la capitale se retrouvèrent dans le noir durant vingt minutes. Il n’y eut pas mort d’homme grâce au sang froid du personnel médical, mais l’Association des Médecins d’Australie rappela sèchement au Gouvernement local la nécessité d’une alimentation en électricité fiable.
Bref, les électeurs ont tranché, et les libéraux revenus au pouvoir ont promis de réorienter complètement la politique énergétique.

Une privatisation en Californie : l’ »expérience désastreuse » du gouverneur Davis

La Californie a décidé en 1996 d'entreprendre la dérégulation de son secteur électrique qui était jusque-là, pour l'essentiel, sous le contrôle de l'Etat. La concurrence, disaient les promoteurs de cette politique, allait exercer une pression à la baisse sur les prix, dont bénéficieraient les consommateurs. C'est exactement le contraire qui s’est passé. Les distributeurs d’électricité ont été conduits à une quasi-faillite, ont été étranglés par une dette énorme due à l’explosion des coûts de production totalement libérés alors que leurs prix restaient régulés par l’Etat : ils ont exigé une augmentation de 30% des factures aux consommateurs sans quoi des coupures de courant seraient inévitables.

Que s’est-il passé ? Qu'allait-il advenir  pour les producteurs, autrefois appartenant à l’Etat et maintenant privatisés, dans un marché ouvert, y compris aux producteurs d'autres Etats? Les producteurs de courant, autrement dit les centrales électriques, ont adopté une politique attentiste Dans cette incertitude, ils n’ont strictement rien fait, et, contrairement à leurs engagements, ils n’ont entrepris la construction d'aucune des centrales qu'ils avaient pourtant dans leurs cartons et qu’ils s’étaient engagé à construire. Leur seule vraie crainte, la menace suprême pour eux, c’était la surproduction, et ils n’avaient aucun intérêt à investir et à augmenter une productiondont la rareté assurait leur profit – elle était la garantie pour eux de pouvoir imposer des tarifs élevés et maximiser leurs bénéfices sans investissements.  Mais dans le même temps, dans cette Californie où les industries de pointe bourgeonnent, où chaque ménage multiplie les équipements électriques et électroniques, la demande n'a cessé de croître. Affaires en or pour les centrales, catastrophes pour les particuliers et les industriels avec augmentations de prix et pannes.

De plus, certaines entreprises telles que Enron et Reliant se sont mise à manipuler le marché, par exemple en bloquant la jonction entre le réseau de Californie du Nord et celui du Sud. Cette jonction agissait comme un « goulot d’étranglement » que Enron s’amusait à paralyser en réservant la capacité de transmission sans l’utiliser. Cela faisait encore plus augmenter le prix de l’électricité et permettait à Enron de réaliser d’énormes profits. Évidemment, la Federal Energy Regulatory Commission (FERC) se devait de contrer ces stratégies, mais elle n’avait pas les ressources et la sophistication nécessaires pour le faire.

D’autre part, il y avait souvent des interruptions pour l’entretien de centrales qui se produisaient en même temps, ce qui est normal puisque les producteurs indépendants n’avaient aucun incitatif à coordonner leurs interruptions d’entretien pour ne pas qu’elles se fassent en même temps. Les producteurs avaient plutôt un incitatif à faire leurs interruptions d’entretien en même temps,  puisque cela créait des hausses de prix drastiques et leur permettait d’empocher des profits élevés. Comme les distributeurs avaient de la difficulté à joindre les deux bouts, ils ont eu de la difficulté à payer les producteurs. Certains d’entre eux ont donc arrêté de produire, ce qui a encore contribué à exacerber la pénurie et à faire monter le prix. En Janvier 2001, l’état d’urgence a été décrété par le gouverneur Davis.

Seule Los Angeles s’était sorti du désastre, et heureusement : la métropole de Californie du sud avait refusé de s'engager en 1996 dans le mouvement de privatisation. Son Département de l'eau et de l'énergie a disposé  de plus d'électricité qu'il n'en faut à la ville. Te se permettait même d’ne céder aux voisins.  Plusieurs grandes municipalités (San Francisco, San Diego…) ont alors envisagé de suivre l'exemple de Los Angeles et de créer un service municipal de l'électricité.
L’exaspération gagna les Etats voisins désastre (Oregon, Washington, Idaho), qui avaient l'habitude de recevoir en hiver de l'électricité californienne. La soudaine pénurie obligea certaines grandes usines d'aluminium à diminuer ou à suspendre leur activité.

Finalement, Le gouverneur démocrate Gray Davis résuma la situation en la qualifiant d'«expérience désastreuse». La renationalisation du transport de l’électricité et le régulation des trois plus grandes compagnies productrices fut décidée.

Fin d’une expérience qu’il ferait bon ne pas reproduire

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